FIN DE VIE POUR ​LE DÉPÔT CYPRÈS.

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Depuis l'été 2020, le poste d'accueil de la réserve Rouge Matawin et du parc du Mont-Tremblant a quitté l'ancienne cuisine du Dépôt cyprès. Sur le site, il ne reste que cinq bâtiment du chantier original. Ils en disparaîtra d'autres bientôt.

Je vous présente un bref retour sur l'histoire de ce chantier construit en 1949.


La Consolidated Bathurst en Matawinie.

Les débuts.

La Consolidated Paper Corporation naît de la fusion des quatre compagnies précédentes, à partir de 1931. C’est l’année où la Canada Power and Paper Corporation devient la Consolidated Paper Corporation. Sa capacité de production est alors de 
2 000 tonnes de papier journal de d’environ 500 tonnes de carton et  autres produits du papier. Elle possède 80 millions de cordes de bois en réserve. Le groupe d’ac-tionnaire est dirigé par Sir Herbert Holt.
Les opérations dans la région ne débuteront cependant qu’en 1944 lorsqu’on installe un dépôt au fond de la baie de la Bouteille, sur le réservoir Taureau. Le site sera occupé pendant cinq ans, jusqu’en 1949. Auparavant, depuis 1937, on s’était concentré dans le secteur «l’Assomption-Mastigouche», dans la région du lac Lavigne. On y bûchera jusqu’en 1952, alors qu’on se déplace vers le lac l’Assomption. De plus, de 1934 jusqu’en 1951, la Consolidated Paper sera présente dans les régions du lac Ouareau et Archambeault. ​Tout le bois sera acheminé aux moulins de Grand’Mère, Shawinigan, Cap-de-la-Madeleine et Trois-Rivières pour sa transformation en pâte de papiers. Avec la création du réservoir Taureau, en 1931, il faudra désormais prévoir l’accumulation du bois coupé en «pitounes» là où les rivières se jet- tent dans le réservoir. De gros bateaux (le Blacky, le Fox et le Montréal Toro) sont mis à l’eau sur le réservoir afin de remorquer ces immenses «rafts» de «pitounes» jusqu’au barrage, pour que cette matière première puisse poursuivre sa route vers la rivière St-Maurice. À noter qu’à partir de 1952, il n’y a plus de drave sur la rivière l’Assomption. À compter de cette date, le bois coupé sur le bassin de cette rivière est remonté vers le lac Cyprès. On le trans- portera en camion afin de le faire passer du bassin de la rivière l’Assomption à celui de la Matawin.

Le Dépôt cyprès

En 1949, le dépôt déménage au lac Cyprès et il opère dans la région du lac des Îles et de la crique Brûlé. C’est l’ère du « dépôt Cyprès ». Un véritable petit village naît autour de ces installations. On y retrouve les mesureurs, les forestiers, les commis, l’administration, le garage, les cuisines, un hôpital ainsi que des gens du ministère des Terres et Forêts du Québec. On y retrouvera également des maisons appartenant à quelques familles qui s’y installent, dont celle de Bernard Lamarche, Valmont St-Georges, Aurélien Lamarche, Gilbert Riopel, Jules Longpré et Allen Purdy.  Avec le déplacement des installations vers le dépôt Cyprès, le bois arrivera par la Matawin. Il s’accumule près de la chute à Ménard avant d’être transporté au barrage. La compagnie installe des campements sur l’île Baribeau. Il y aura aussi une mise à l’eau près de la descente de bateau municipale actuelle. Plus tard, la Consolidated Bathurst s’installera le long de la rivière du Milieu et de la rivière du Poste. Le bois est coupé en « pitounes » à ces endroits et mis à l’eau. À l’entrée de ces rivières, des bancs de sable et de jeunes plantations nous rappellent les endroits où la compagnie opérait. Donc, de ce dépôt Cyprès, partiront les provisions vers les chantiers du secteur. On en retrouve sur le lac Cyprès, MacLaren, Savane, Des Baies, Trèfle, sur la rivière l’Assomption ainsi que sur les criques Blanc et Denis. De 1949 à 1956, c’est Jean J. Crète qui sera le contracteur principal pour ce secteur. C’est lui qui négociera avec les « petits jobbers » qui tiennent les chantiers. Cependant, à partir de 1956, la Consol négociera directement avec ces petits contracteurs. Parmi ceux-ci, retenons les noms de Victorien Bruneau (au lac MacLaren), Georges O. Gouin, Bernard Dubé, Paul-Émile Martel, Adrien Gauthier, Henri Gauthier (au lac Savane), Bernard Champagne (au lac Savane), Henri Landry,  M. Chenard, Joseph Thériault, M. Charbonneau et Robert Geoffroy. En fait, il y a beaucoup de changement à la Consol à partir de 1957. Le déclin de la demande de papier journal l’oblige à diminuer ses coûts de production tout en améliorant la qualité de ses produits. En 1960, la compagnie achète les quatre usines de fabrication de sacs en papier de la St.Regis Paper Company. Les activités de l’entreprise se diversifient. On commence à produire des sacs en plastique et on acquiert des scieries, dont celles de la Gillies Brothers Company Limited.  Dans la région, de 1956 jusqu’en 1960, les opérations sont quelque peu modifiées afin de récupérer le bois des régions où la tordeuse de bourgeons d’épinette ravage les forêts. En 1967, la Consolidated Paper fusionnera avec la compagnie
Bathurst (de la ville du même nom au Nouveau-Brunswick) pour former la Consolidated Bathurst Company. En 1963, au moment du centenaire, on coupait 100 000 cordes de bois à pulpe, en plus des 12 à 14 millions de p.m.p. (pied mesure de planche, soit un pied de planche d’un pouce d’épaisseur et de 12 pouces de large) qui sont sciés en billots. Le secteur du dépôt Cyprès constitue la section « Upper-Matawin » de la Consol, section relevant du secteur de la St-Maurice. En 1952, le secteur de la rivière St-Maurice est le principal lieu d’approvisionnement de la Consolidated Paper Corporation Ltd. au Qc. Cela représente un total de 6 615 m.c., soit environ 50% des opérations de la compagnie   (13 749 m.c. au total, 17% du total provincial). La Consol était le deuxième plus gros concessionnaire au Québec après la Canadian International Paper Company (17 328 m.c.). Quant à l’ensemble du bassin de la rivière St-Maurice, les coupes représentaient alors 5% des coupes provinciales, soit  32,4 millions de p.m.p. sur un total de 653 millions. Ainsi, un grand changement s’opère en 1963.
C’est la fin du dépôt Cyprès et le début de l’ère des campements. Ceux-ci regroupent toutes les installations. En fait, on regroupe dépôt et chantiers au même endroit. Il n’y aura plus de « jobbers ». La Consol prend en charge toutes les opérations. On s’installe d’abord près du lac Cyprès et du lac à la Truite. En 1964-1965, on retrouve les campements au lac McLaren. L’année suivante, au moment où les tronçonneuses (« slashers ») s’installent, on se retrouve au lac des Baies (jusqu’en 1972) et à la Macaza, dans l’actuelle réserve de la Rouge Matawin. C’est à cette époque que la mécanisation s’accentue. Le bois est acheminé en longueur jusqu’à la tronçonneuse qui découpe le bois en billes de quatre pieds. Les débusqueuses envahissent les forêts, mais les arbres sont toujours ébranchés à la scie mécanique par les bûcherons.
En 1966,  il y aura du nouveau pour les travailleurs de la Consol. Une première convention collective est signée pour deux ans avec le Syndicat National des Travailleurs de la Pulpe et du Papier, District Upper Mattawin et la Fédération Canadienne des Travailleurs des Pâtes et Papiers. On y apprend qu’un cuisinier gagne entre 14.90$ et 17.40$ par jour, selon qu’il nourrit plus ou moins 40 hommes. Un garde-feu gagne 89.75$ par semaine et un opérateur de débusqueuse, 1.84$ de l’heure.

Après le Dépôt Cyprès.

Le prochain grand changement survient en 1972-1973. En fait, le changement est double. Pour les opérations forestières comme telles d’abord, car les ébrancheuses font leur apparition en forêt. Cela permettra aux bûcherons d’augmenter considérablement leurs revenus, car cette partie du travail est fastidieuse et leur fait perdre un temps précieux. Second changement, c’est la fin des opérations pour la Consol dans le bassin de la Matawin. Pour la saison de coupes de 1972-1973, la Consolidated Bathurst installe son campement dans le bassin de la rivière du Milieu, au lac Charland. Elle y restera jusqu’à son départ de la région en 1990. 
De 1972 à 1982, les coupes se font dans le bassin de la rivière du Milieu et autour de la baie du même nom sur le réservoir Taureau. On installe donc, dans cette baie, trois éléments : une tronçonneuse que les gens du milieu nomment « slasher », un camp pour le contremaître du lieu (Bertrand Gagné) et le mécanicien, un autre camp pour ceux qui préparent la drave (dont le contremaître était Albertain Rondeau).
Les hommes étaient installés au campement du lac Charland d’où ils partaient pour le travail en forêt. Le bois était coupé et ébranché en un lieu et transporté en longueur jusqu’au « slasher » où, pour la première fois de l’histoire des opérations forestières en Matawinie, on triait le bois selon qu’il était de qualité pour le sciage ou qu’il devait servir à la fabrication de pâte de papiers. C’est aussi à partir de ce moment que le moulin à scie de Saint-Michel-des-Saints pourra vendre ses copeaux de bois aux
papetières qui sont désormais aptes à transformer de grandes quantités de copeaux en pâte de papiers. De 1982 à 1987, le petit campement et la tronçonneuse de la baie du Milieu seront transportés dans la baie du Poste. Les coupes partent des pourtours de la baie et remontent vers les lacs Légaré et Manouane. On retournera finalement à la baie du Milieu de 1987 à 1990, pour faire des coupes autour du village de Saint-Michel-des-Saints et refaire une
coupe à la crique Brûlé. La première datait des années 1950. 
En quittant la région, la Consolidated Bathurst verra à nettoyer les sites de la baie du Milieu et de la baie du Poste en débarrassant les lieux des déchets de bois, en détruisant ses camps et en procédant à une nouvelle plantation.

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Bâtisse qui abritait les bureaux. La dernière fenêtre à gauche était celle du bureau d'Aurélien Lamarche, le surintendant des lieux.  C'est au centre, à l'avant de la bâtisse, que se faisait l'embauche du personnel.  M Bernard Lamarche, se souvenait y avoir géré la paye de près de 2000 personnes.  Roger Morin et Martial Plante y furent aussi commis.
Christian Lamarche se souvient...

Les journées du jeune Christian, trop jeune pour aller à l'école, étaient bien remplies. « J’étais occupé accoté. Ma mère me cherchait tout le temps »!  Libre comme l'air dans ce petit village forestier, il allait de bâtisse en bâtisse fouiner dans tous les coins, le long des clôture de cèdre dont les perches étaient soutenues par des fer à chevaux. Un tour au bureau de papa, où il disait bonjour aux commis, puis un saut vers la cuisine où les cuisiniers, Harold Gagné ou Réjean Rivest lui donnaient de bonnes galettes fraiches à la mélasse ou à la farine d’avoine. Puis, s’il ne se faisait pas prendre, il s’aventurait jusqu’au garage. Mais la machinerie lourde en faisait un endroit dangereux.  Son père lui interdisait de s’y rendre.  Un jour, d’ailleurs, il s’est aventuré dans un snowmobile.  Malheureusement, la porte s’est refermée derrière lui et il s’y est trouvé coincé. Comble de malheur, le véhicule était rempli de dynamite pour la drave.  Ce fut sa dernière visite au garage.  Suite à cet événement, la Conlolidated Bathurst construisit une réserve à l’écart des autres bâtiments pour y entreposer la dynamite.  Puis un saut vers le terrain de tennis, à la menuiserie, une visite à la croix blanche, un tour chez le boucher, une tournée sous les enclot à bois de chauffage et un coucou à l’infirmerie.  Et pourquoi pas une visite à la barrière? Une auto arrive!  Le petit village avait de quoi occupé le garçon des journées entières. L’hiver, il se souvient des promenades qui le tirait en « traîne sauvage ».  Il entend encore le craquement des pas de sa mère sur la neige par grand froid.
Le jeune garçon côtoyait les enfants de Valmont St-Georges, de l’ingénieur Anctil et Josaphat Michaud.  Quelques familles résidaient en permanence sur les lieux.  Des souvenirs impérissables pour celui qui travailla toute sa vie dans le domaine forestier.
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Entrepôt en annexe des bureaux.  Un plancher de bois franc très épais permettait d'y faire circuler une gros chariot aux roues de fer pour le déplacement des marchandises. On y trouvait tout ce qu'il fallait pour fournir les chantiers des accessoires de cuisines aux outils forestiers. M. Fortin a été l'un des responsable de l'endroit.
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Un des garages du Dépôt.
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Ancienne cuisine.  Sur le perron de gauche se trouvait le triangle de métal avec lequel le cuisinier annonçait que le repas était prêt!
1954 dépot cypres cuisiniers
Les cuisiniers du Dépôt cyprès.
1955 visite de J.J. Crète Mgr Roy et Stanly Brown Dépot Cyprès (bernad dubé resp) b
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Dépot cypres entre 60 et 70 b
En 1955. Visite de Jean J. Crète 1- Aurélien Lamarche. 2- Jean-J. Crète. 3- Bernard Dubé. 4- Monseigneur Roy. 5-  Stanly Brown.
Messe au chantier 1955 dépôt Cypress 001
Messe au chantier en 1955.  1- Aurélien Lamarche et 2- son épouse, Éveline Gagné.
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Page couverture de la revue de la Consol de 1956.